Après l’apparition de la e-cigarette, ou cigarette électronique, qui a fait beaucoup parler il y a quelques années, celle plus récente du tabac à chauffer suscite des interrogations du même ordre. Ces produits sont-ils réellement moins nocifs que les cigarettes traditionnelles ? Comment les  pouvoirs publics doivent-ils se positionner face à eux ? Que disent-les chiffres et les experts ?

Le 12 décembre 2017, deux organismes publics de l’espace européen ont émis des avis convergents quant à la dangerosité comparée de la consommation du tabac à chauffer par rapport aux cigarettes classiques. Des avis tranchés qui estiment que les substituts au tabac sont moins nocifs que la cigarette.

Le ministère de la santé britannique a confié à son agence d’étude et de conseil sur la toxicité, le Committee on Toxicity (CoT), une mission d‘évaluation des risques sur les produits de tabac à chauffer, nouveaux sur le marché. Parallèlement, en Allemagne, un autre organisme sanitaire, le BfR, devait effectuer des recherches scientifiques sur le principal produit de ce type déjà en vente, l’IQOS.

Les conclusions des deux agences gouvernementales sont tombées le même jour et vont dans le même sens : la toxicité de ces nouveaux produits sans combustion n’est pas comparable à celle de la cigarette, dont les principaux actifs toxiques proviennent précisément de la combustion.

Ces études récentes sont venues apporter un nouvel argument aux acteurs de la lutte contre le cancer, qui défendent de plus en plus le recours à ces produits de substitution comme moyen de limiter les dégâts du tabagisme.

C’est le cas du Chef des recherches de l’institut norvégien de santé publique, Karl Erik Lund,  qui a récemment déclaré que « nous pouvons effectivement éliminer l’énorme problème du tabac en introduisant des produits nicotiniques moins nocifs », avant de préciser que « chaque année, 5 000 fumeurs meurent, et nombre d’entre eux ne sont pas capables d’arrêter de consommer de la nicotine, et ils ont besoin de moyens différents de ceux de fumeurs auxquels nous nous adressions il y a 20 ou 30 ans. Et c’est là que la cigarette électronique, par exemple, et ce qu’on appelle le tabac à chauffer (qui est un hybride de cigarette électronique et de cigarette traditionnelle) est introduite ».

En Angleterre, où ces méthodes alternatives sont déjà en place (le gouvernement rembourse même les cigarettes électroniques dans le cadre de campagnes de prévention contre le tabagisme), on enregistre le plus faible taux de fumeurs d’Europe, avec 17%.

Aujourd’hui, il y a donc un double consensus scientifique autour des cigarettes électroniques et du tabac à chauffer : ils sont tous les deux nocifs et addictifs, mais ils sont extrêmement moins toxiques que le tabac classique. Les débats houleux entre experts tournent donc plus autour des moyens de lutter contre ce fléau. Les pouvoirs publics doivent-ils soutenir des produits alternatifs nocifs, afin de limiter les dommages du tabac sur la population, comme le soutiennent les défenseur d’une politique de santé publique dite de réduction de risques ? Ou bien doivent-ils mettre sur la même échelle tous les produits addictifs et refuser de présenter les produits de substitution comme un alternative meilleure pour la santé ?

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