Quand les super-héros s’invitent au XVIeme siècle.

Nous sommes encore au moyen-âge quand la province flamande (la Belgique, la Hollande et une partie de la France) est régie par les capétiens du Valois du duché de Bourgogne, ce sont les Pays-Bas bourguignons.

Grâce au commerce, en particulier à Bruges, Gand et Anvers, cette région va connaitre une prospérité économique sans précédent, qui favorisera les arts de l’enluminure, de l’orfèvrerie et de la peinture.

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Ainsi, la clientèle des ateliers, noblesse, bourgeoisie et hauts fonctionnaires de la cour, offrent par leurs commandes l’originalité et la typologie de la peinture flamande de cette époque, jusque dans la finesse des vêtements; le peintre étant encore considéré comme artisan à la même enseigne que le brodeur, mais aussi le verrier, l’orfèvre, l’enlumineur…

Dans ce contexte, les “Primitifs flamands”, Jan van Eyck, le Maître de Flémalle, vont être à l’origine de nouvelles techniques de peinture et de perspective, qui donnent à la lumière une caractéristique, « aspirant à créer des peintures très finies, imitant la nature à s’y méprendre et capables de produire l’illusion de profondeur. » (Jean Delumeau, Histoire artistique de l’Europe). Techniques qui deviendront, plus tard, familières de Pierre Paul Rubens et d’Antoine van Dyck.

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De nos jours, dans un monde où le sacré s’étiole, les super-héros ont longtemps fait figure de gardiens du monde susceptibles d’être représentés comme des personnages divins, de par leur morale et leur investissement pour le salut de l’humanité face à la noirceur diabolique des super-vilains.
C’est donc à leur tour de se présenter comme défenseur du petit peuple, forme de sauveurs qui bénéficie des faveurs des cieux pour cumuler des pouvoirs incroyables.

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Qu’ils soient juste, comme Superman arborant fièrement les couleurs indélébiles des valeurs inaliénables de son drapeau, ou bien dévotement aveugle à la foi envers son empereur comme Darth Vader en fidèle inquisiteur, nos héros ont dorénavant gagné leur place présomptueuse dans le cadre restreint de la peinture flamande.
Car, si les super-héros ont été sacralisé jusque dans les années ’70, c’est leur récent embourgeoisement que Sacha Golberger a su traduire avec une subtilité emprunté aux Primitifs flamands dans la forme, mais aussi le fond grâce à une multitude de références, qui passe de la décadence des Borgia au cynisme machiavélique jusqu’à la servitude des chambellans. Voilà ce qui ressort du statisme figé de nos superactifs.

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Le photographe s’était déjà illustré sur le Web avec la célèbre “Mamika”, sa mamie de 90 ans, mise dans moult situations rocambolesques.
Plus récemment, une campagne de publicité signée “Flanders, slate of art” avait bousculé l’affichage par son style empreint de maniérisme tout droit sorti de la peinture flamande du XVIe siècle.

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Ce travail, toujours improbable, offre une réalité qui sait dépeindre le décalage de notre monde de détachement face à ses valeurs les plus ancestrales.

(Article relu et corrigé par Mylène Allano, docteur en histoire de l’art, auteure de “La collection des peintures italiennes du musée des Beaux-Arts de Rennes” éd. Somogy, directrice scientifique et co-auteure de “De Véronèse à Casanova” éd. Lieux Dits)

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