À l’heure où nos vies sont de plus en plus régies par nos émotions, leur spectre s’affine. Substitut des mots, les émoticônes se diversifient pour peu à peu remplacer l’alphabet. Que ce soit pour exprimer la joie, la colère, le rire, le rire jusqu’aux larmes, la surprise, le soulagement, à chaque émotion son petit bonhomme jaune.

L’info laisse la place à l’infotainment, largement diffusé sur le fil d’actualité des réseaux sociaux. Le désir comme l’indignation provoquent le clic tant convoité, celui qui mène à terme, au Saint Graal de l’achat. Si le fait de susciter une émotion n’est pas nouveau dans le monde de la publicité, leur utilisation n’est plus la même.

Il ne s’agit plus seulement de faire passer un message émotionnel, mais plutôt de lire et d’interpréter les émotions humaines et d’adapter l’offre en fonction.

Contrôler ses émotions via les nouvelles technologies

D’après le Nouvel Obs, le business des produits liés à l’acquisition d’énergie ou à la relaxation représenterait un marché de 370 milliards d’euros (2015). Pas étonnant que les nouvelles technologies s’en emparent. Ainsi, la start-up Thync a imaginé un casque émettant des pulsations électriques qui permette de stimuler le cerveau ou au contraire de se détendre.

La reconnaissance des émotions humaines au service de la consommation

La tendance en matière de publicité serait d’identifier l’état d’esprit du consommateur pour adapter l’offre en fonction. Des bracelets connectés tels que Feel utiliseraient les biosignaux de la personne pour mesurer les émotions et offrir des recommandations personnalisées aux consommateurs. Ebay a imaginé un magasin utilisant les technologies de reconnaissance faciale qui aideraient dans la recherche des cadeaux de Noël, en identifiant les produits ayant plu au consommateur. Cette tendance s’étend à l’univers du cinéma : les laboratoires de recherche Disney travailleraient en ce moment sur un algorithme capable de détecter et même prédire nos émotions au cinéma. Une façon de rationaliser les paris sur le chiffre d’affaires d’un blockbuster, avec ce que cela représente comme avantages (limiter le déficit) et comme inconvénients (limiter la créativité du réalisateur à ce qui est susceptible d’être rentable).

Un pouvoir qui s’étend à divers domaines

Ces technologies pourront être mises au service de divers autres marchés comme celui de la rencontre amoureuse sur Internet. Les sites de rencontre utilisent déjà des algorithmes pour déterminer la compatibilité entre deux personnes, comme Parship, qui utilise un algorithme d’affinités de 136 règles pour nous aider à trouver l’âme sœur. Imaginons seulement l’effet que les technologies de l’émotion pourraient avoir sur ce type de marché.

La presse s’en empare elle aussi : le New York Times se serait associé à Google pour couvrir la crise des migrants en suscitant l’empathie du lecteur. À l’ère de l’Économie de l’Émotion, la réalité virtuelle permettrait également d’analyser l’efficacité des discours politiques. Ou quand l’émotion humaine est au service de celui qui saura l’exploiter au mieux. Comme pour toute innovation, autant l’intelligence artificielle peut servir le progrès, comme l’assistance de personnes malvoyantes, autant faut-il rester vigilant sur les dérives qu’elle risque inévitablement d’engendrer.

   
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